ASTM News

08
Mar

40 ans de lutte ont porté des fruits

 

En amont de la Journée internationale des femmes, un membre du Bureau national de KMP, organisation partenaire de l’ASTM, a fait un interview avec l’activiste Ka Lani, leader paysanne aux Philippines depuis 40 ans

« Comme femmes, nous ne devons pas nous limiter au foyer, mais sortir de nos maisons pour voir ce qui se passe dans notre société. Hommes et femmes, nous devons lutter ensemble pour une vraie réforme agraire, la distribution gratuite des terres et pour l’appui aux paysans. » – Ka Lani.

testimonial

Ka Lani


Sous les lumières de Quezon City, quartier de Manille, Ka Lani écoute solennellement les discours lors d’un camp de proteste organisé par le mouvement national paysan KMP devant le Ministère de la réforme agraire. Plus que 200 paysans de trois provinces philippines se sont rencontrés pour s’opposer à l’extension de la réforme agraire actuelle du gouvernement.
Ka Lani, une femme fougueuse de 57 ans aux mains calleuses, cheveux argentés et d’une présence douce, lutte depuis presque 40 ans pour les droits des paysans. Avec un mélange de gaieté et de fierté elle raconte son histoire.
Elle est la deuxième de 8 enfants d’une famille de petits paysans de l’île de Mindoro. En 1976 déjà elle a rejoint l’organisation paysanne locale « Alliance paysanne de la Sierra Madre » et est devenue leader de la section des femmes « Sampaguita » (jasmin arabe, la fleur nationale des Philippines).  Les paysans ont occupé des terres revendiquées par un grand propriétaire foncier de la région. Un des premiers défis était le problème des vaches du propriétaire, qui constituaient une menace pour les fermes des paysans qui ont occupé ces terrains. « Il nous a fallu les chasser afin de pouvoir continuer à cultiver nos champs de riz et de légumes. Il y avait des confrontations avec les agents de sécurité et les propriétaires prétendus, mais le groupe de femmes est resté ferme et jusqu’aujourd’hui il continue à cultiver leurs terres ». Elle n’arrête pas de motiver les paysans à continuer à lutter ensemble pour la terre : « Sans notre action de lutte collective, nous ne pouvions pas récolter les fruits de la terre que nous cultivons maintenant. »
Grâce à Ka Lani, l’organisation de femmes paysannes s’est développée d’une manière très dynamique. Pour elle, après l’occupation des terres, il est essentiel de défendre le droit à la culture. « Nous devons jamais vendre nos terres ou les laisser prendre. Nous sommes les propriétaires légitimes – aucune somme d’argent ne saurait le changer.
Pour Ka Lani, il est remarquable comment les femmes paysannes ont réussi à transformer leur statut dans une région rurale traditionnellement dominée par les hommes. « Avant la création de notre organisation, les ouvrières agricoles étaient payées moins que les hommes. «Imaginez-vous – nous avons gagné 100 pesos par jour pendant que les hommes ont reçu 120 pesos (2 euros) pour le même travail!» Dans un processus d’éducation continu visant des membres mâles de l’organisation paysanne, elles ont réussi à montrer que les femmes font la même quantité de travail que les hommes et qu’elles sont également plus capables au niveau de la manipulation des cultures. Leur campagne pour des salaires égaux pour des travaux égaux a réussi et, en plus, elles ont négocié une augmentation de leurs rémunérations avec les propriétaires agricoles. « Maintenant nous tous – hommes et femmes – gagnent 250 pesos par jour », explique Ka Lani.
Après l’enthousiasme avec laquelle elle décrit les victoires de son organisation, son ton change quand elle commence à parler de son exil brutal de son village après qu’elle et sa famille ont été menacées par le militaire. Mais malgré les risques très réels, elle est revenue à son village pour s’occuper de sa ferme et pour aider le groupe de femmes Sampaguita. Après son déménagement à Canlubang, un village au sud-ouest de Manille, elle a dû combiner ses deux rôles d’activiste paysanne et de mère de deux enfants, qui, elle raconte avec fierté,  sont aussi devenus des membres actifs de l’organisation paysanne locale. Son mari, Ka Nestor, est un leader paysan très respecté dans la région.
Ka Lani se rappelle de chaque manifestation et confrontation avec la police ou le militaire, tout particulièrement sa première manifestation à Mendiola Bridge à Manille en 1995, scène d’un massacre en 1987 où 13 paysans ont été tués. « J’étais enceinte de mon deuxième enfant à ce moment et j’étais très nerveuse» . En riant elle ajoute : « Après la manif,  je me disais «et cela c’était tout ? ».
Les anecdotes de Ka Lani, racontées dans un esprit passionné et chaleureux. font revivre l’histoire du mouvement paysan dans la région de Southern Tagalog.  Elle est devenue symbolique pour la cause pour laquelle elle s’est engagée pendant toute sa vie, une femme paysanne qui a trouvé la liberté dans la lutte pour la terre et pour la justice. « J’ai appris beaucoup en organisant les paysans de ma région et je vais continuer aussi longtemps que je peux. Les femmes constituent 50 % de la population et nous sommes une force importante dans la lutte pour un changement des conditions néfastes dans lesquelles une grande partie du peuple philippin vit. »

Interview mené par By Kilusang Magbubukid ng Pilipinas (KMP). Traduction par Julie Smit de l’ASTM. 

Apprenez plus sur notre partenaire KMP aux Philippines

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