ASTM News

07
Juil

Pour une transition juste

Pour l’ASTM, la transition énergétique du Luxembourg ne peut pas se faire au détriment des plus vulnérables.

Suite à la publication la semaine dernière du premier benchmark mondial sur le respect des droits humains par les plus grandes entreprises éoliennes et solaires[1], il s’avère que la plupart d’entre elles ne disposent pas des politiques nécessaires pour éviter les abus envers les communautés et les travailleurs dont dépend une transition juste. Depuis 2010, le Business & Human Rights Resource Centre a identifié 197 allégations de violations des droits humains liées à des projets d’énergie renouvelable partout dans le monde, dont 23 déjà depuis le début de cette année. Les allégations d’abus comprennent : meurtres, menaces et intimidations ; accaparement de terres ; conditions de travail dangereuses et salaires de misère ; et atteinte à la vie et aux moyens de subsistance des populations indigènes.      

Le déploiement et l’expansion des technologies d’énergies renouvelables sont censés jouer un rôle essentiel dans la réduction de notre empreinte carbone collective mais leur impact social est rarement pris en compte et le gouvernement luxembourgeois ne fait pas exception. Afin que la transition profite à tout le monde, y compris aux populations les plus vulnérables, il est nécessaire d’y intégrer la dimension sociale en adoptant une approche basée sur les droits humains dans la lutte contre le changement climatique et les politiques afférentes.

Selon le benchmark réalisé par Business and Human Rights Resource Centre (BHRRC), près de la moitié des 15 plus grandes entreprises éoliennes et solaires cotées en bourse (7/16) ont obtenu un score inférieur à 10 %, et les trois quarts (12/16) ont obtenu un score inférieur à 40% concernant leurs politiques en matière de droits humains. Le score moyen n’était que de 22%, ce qui indique que, dans l’ensemble, l’industrie a encore beaucoup de chemin à parcourir pour démontrer son respect des droits humains des communautés et des travailleurs dans ses opérations et ses chaînes de valeur. BHRRC constate que l’absence de politique en matière de droits humains est fortement corrélée aux allégations d’abus. La pratique répandue et flagrante de l’accaparement des terres, par exemple, se reflète dans le fait qu’aucune entreprise n’a marqué de points pour avoir des politiques visant à respecter les droits fonciers, à régir leur processus d’acquisition de terres, ou sur la relocalisation juste et équitable des résidents.

D’après la recherche de BHRRC, la région qui fait l’objet du plus grand nombre d’allégations de violations des droits humains liées aux énergies renouvelables est l’Amérique latine (121 allégations depuis 2010, 61 % des allégations au niveau mondial). L’organisation CEDIB[2](Centre de documentation et d’information en Bolivie), partenaire de l’ASTM et spécialisée dans l’étude de l’extractivisme, constate que même si la transition énergétique propose l’abandon des combustibles fossiles et l’utilisation d’énergies renouvelables, elle ne cesse d’exiger des matières premières pour la construction d’infrastructures liées, principalement, au stockage de l’énergie. Cela génère une augmentation de la demande de certains minéraux, comme le lithium, le cobalt, le tantale, le cuivre, entre autres, dont les réserves se trouvent principalement dans les pays du Sud. Cette demande de ressources en constante augmentation entraîne, dans de nombreux cas, des violations de droits humains des communautés riveraines. Par exemple, l’exploitation industrielle de lithium dans le désert de sel d’Uyuni, où se trouve une grande partie des réserves mondiales en lithium, risque de bouleverser l’écosystème naturel dont les habitants de cette région dépendent pour leurs moyens de subsistance.

Quels engagements en matière de droits humains dans l’action climat du Luxembourg ?

Selon des informations publiées sur le site gouvernement.lu, les droits humains seraient au centre des préoccupations de l’action climat du Luxembourg[3]. C’est dans ce contexte que le Luxembourg aurait lancé lors de la COP 25 en coopération avec le Centre for International Environmental Law le rapport Rights in Changing Climate – Human Rights Under the UN Framwork Convention on Climate Change, un rapport qui plaide, en effet, pour l’intégration d’une approche basée sur les droits humains dans la lutte contre le changement climatique. Il est donc étonnant que les droits humains ne sont abordés que de façon marginale[4]dans le Plan National Energie et Climat récemment publié par le Luxembourg. Sous sa forme actuelle, ce Plan ne peut pas se subsituer à une politique climatique cohérente car il risque de produire des effets négatifs pour certaines populations vulnérables.

Compte tenu des constats que relève le rapport de BHRRC quant aux atteintes portées aux droits humains par l’industrie du solaire et de l’éolien, compte tenu du fait que la part de ce secteur dans les investissements gérés au Grand-Duché a tendance à croître, compte tenu de l’engagement du gouvernement d’augmenter la part des énergies renouvelables et de promouvoir la mobilité électrique, il est indispensable qu’il :

  • Adopte et applique des garanties et des normes concrètes en matière de droits humains dans les politiques nationales relatives au climat et à l’énergie ;
  • Introduise une législation sur le devoir de diligence en matière de droits humains pour les entreprises domiciliées au Luxembourg ;
  • Rende compte de la manière dont les mesures de lutte contre le changement climatique prennent en compte les impacts sur les droits humains dans les contributions nationales déterminées.

De manière plus générale, si la volonté du Gouvernement est véritablement de répondre au dérèglement climatique et aux atteintes aux droits humains, il devrait également œuvrer pour une réduction significative de la consommation des biens et des énergies, fussent-elles renouvelables. Il en résulterait notamment une pression moindre sur les populations du Sud et globalement, un plus grand respect des droits humains.

[1]https://www.business-humanrights.org/en/renewable-energy-human-rights-benchmark

[2]https://cedib.org

[3]https://gouvernement.lu/fr/actualites/toutes_actualites/communiques/2019/12-decembre/13-dieschbourg-cop25.html

[4]Les droits humains sont brièvement mentionnés dans le chapitre  3.1.3 „Autres éléments de la dimensions“

 

>> Lesen sie HIER die deutsche Version

Vous faites un don à : Action Solidarité Tiers Monde

Combien souhaitez vous donner ?
€10 €25 €50
Souhaitez-vous faire un don permanent? Je souhaiterais faire un Don(s)
Combien de fois souhaitez vous répéter le paiement (celui-ci inclus)*
Prénom*
Nom de famille*
Email *
Téléphone
Adresse
Note
en chargement ...