ASTM News

04
Fév

Rapport Oxfam sur les inégalités – Lorsque la médiatisation l’emporte sur la discussion

Le rapport Oxfam “Une économie au service des 1 %” a fait couler beaucoup d’encre. Joaquim Monteiro, responsable de l’analyse et du plaidoyer politique de l’ASTM, jette un regard sur la consommation des informations relatives à cette étude.
“Le dernier rapport Oxfam publié le 18 janvier dernier a rapidement suscité l’intérêt des médias au niveau international. Il faut dire que la date de sa publication n’était certainement pas choisie au hasard. Le rapport a été rendu public à la veille du Forum Economique Mondial. Une fois de plus, le Forum s’est tenu à Davos, la station huppée suisse où les puissants de ce monde prennent de la hauteur comme jadis les Dieux de l’Olympe pour discuter les solutions à apporter à l’économie globale. Un timing de communication parfait pour Oxfam, histoire d’éventuellement peser sur les discussions… et surtout sur l’opinion publique.
Les médias se sont empressés de reprendre quelques chiffres extraits du rapport pour en construire des manchettes sur les inégalités dans le monde. Ce qui vraisemblablement restera dans les mémoires est que les 1% plus riches de la planète détiennent désormais plus que les 99% restants.
Des débats méthodologiques comme écran de fumée
Aussi tôt publié, les chiffres ont tout aussi rapidement été relativisés voire critiqués acerbement. L’analyse du rapport semble se limiter aux indicateurs et à la méthodologie utilisée pour arriver aux différents résultats créant ainsi un écran de fumée qui empêche toute discussion sur le fonds, autrement dit sur les raisons des inégalités, sur le système économique mondial. Si on se limite à lire les articles d’opinions relatifs au rapport de Oxfam, on a l’impression que ce dernier se limite à donner des chiffres qui alimentent un débat plus ou moins technique, réservé aux experts des sciences économiques. Par contre, lorsqu’on prend le temps de lire le rapport dans son entièreté, force est de constater que ce n’est pas le cas.
HPIM2540A la première partie « statistique », intitulée « Le monde s’enrichit, mais certains y gagnent plus que d’autres », suivent un deuxième et un troisième chapitre portant respectivement le titre « Pouvoir et privilège en action » et « Passer d’une économie exclusive à un modèle inclusif et équitable ». Dans la deuxième partie, l’ONG illustre, sans prétendre être exhaustive, les relations de pouvoirs et de privilèges sous-jacentes aux inégalités dans le monde qui tendent à les maintenir voire à les aggraver. Le système fiscal mondial et ses paradis fiscaux, la domination des entreprises et la financiarisation de l’économie servent d’exemples. La dernière partie propose quelques alternatives de changement dans les relations et dynamiques de pouvoir. Oxfam en appelle à « Une stratégie sur plusieurs fronts,…, nécessaire pour rééquilibrer le rapport de force au sein des économies mondiales et nationales, donnant plus de pouvoir aux personnes actuellement exclues tout en surveillant l’influence des riches et des puissants. Cette démarche est indispensable pour mettre davantage l’économie au service de la majorité, en particulier pour les personnes les plus pauvres qui doivent pouvoir profiter d’une distribution plus équitable des revenus et des richesses »*. De manière plus précise, les recommandations du rapport apportent des réponses à une redistribution plus juste et inclusive des richesses mondiales.
Si le débat sur la méthodologie et les indicateurs mérite d’être mené comme ce fût le cas, il ne remet que difficilement en question le constat sur les inégalités. Il est vrai qu’il est différent d’avoir un milliard ou une centaine de pauvres dans le monde. Cependant, les constats statistiques ne changent en rien la réalité de celui ou celle qui n’arrive pas à mener une vie dans la dignité. L’action sur les causes systémiques qui génèrent et accentuent les situations d’inégalité par contre a plus de chances d’apporter le changement social nécessaire.
Le piège de la médiatisation
La seule critique que l’on pourrait faire à Oxfam reste donc de vouloir jouer sur la médiatisation, une stratégie de communication qui peut se comprendre dans le monde d’aujourd’hui mais qui atteint ses limites assez rapidement. En effet, la médiatisation à coup de messages « accrocheurs » fini par limiter le débat sur le fond et ne valorise pas nécessairement le travail de fond réalisé. Cette stratégie offre au même temps trop facilement les arguments aux détracteurs qui s’arrêtent aux critiques méthodologiques, sans même mentionner le débat de fond considéré comme tronqué dès le départ.
Entretemps les plus riches continuent leurs discussions à Davos, tandis que les autres essaient comme Sisyphe de remonter la pente. ”
* Une économie au service des 1%, Oxfam, 2015, p.40
 

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