ASTM News

27
Oct

Une COP26 marquée par les inégalités et une légitimité compromise

À moins d’une semaine du début officiel de la COP26, qui aura lieu du 31 octobre au 12 novembre à Glasgow, Action Solidarité Tiers Monde (ASTM) dénonce l’accès inégal des représentant·e·s des pays du Sud à la 26e édition de la conférence et présente ses positions en vue de ce rendez-vous crucial dans la lutte contre le changement climatique. L’ASTM sera sur place pour suivre de près les négociations et soutenir les voix du Sud global et des mouvements sociaux.

Une COP marquée par les inégalités

Si environ 55% de la population dans les pays riches est entièrement vacciné, la situation est drastiquement différente dans les pays à faible revenu, où moins de 1% de la population est entièrement vacciné. Comme l’ASTM l’a déjà souligné[1], l’accès inégal aux vaccins risque de creuser encore plus le fossé entre pays riches et pays pauvres. Désormais, en raison de l’inégalité d’accès aux vaccins, de nombreux·ses représentant·e·s des pays du Sud et des peuples indigènes ne pourront pas se rendre à la COP. À cela s’ajoute l’augmentation des coûts de voyage et d’hébergement qui représentaient déjà des obstacles considérables à un accès équitable lors des conférences passées. Pour l’ASTM, il est inacceptable d’exclure des délégué·e·s et des observateur·trice·s de la société civile du Sud de ce rendez-vous important. Ne pas laisser de l’espace aux voix des personnes les plus touchées par la crise climatique ne fait que reproduire les mécanismes de l’injustice globale constituant les causes profondes de l’inaction climatique.

Une légitimité compromise

La légitimité de la COP26 est compromise non seulement par l’accès inégal des représentant·e·s des pays du Sud évoqué plus tôt, mais aussi à cause des conflits d’intérêts considérables entre les participant·e·s qui risquent de saper l’action climatique. Depuis des années, les producteurs de gaz à effet de serre dépensent des milliards de dollars pour faire pression contre l’action climatique, diluant ainsi la politique climatique et empêchant la réalisation d’avancées significatives. Selon Transparency International, des ministres britanniques auraient tenu une série de réunions privées avec de grandes entreprises de combustibles fossiles désireuses de participer aux négociations sur le climat en amont de la conférence [2]. Ces activités de lobbying menacent considérablement l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris. Pour ces raisons, l’ASTM participera également aux nombreux événements du « People’s Summit for climate justice » [3], un sommet alternatif organisé par les mouvements sociaux en parallèle du programme officiel, qui appelle à la responsabilité des leaders mondiaux pour prendre des mesures immédiates et ambitieuses face à l’urgence climatique.

Quels engagements du Luxembourg pour la justice climatique ?

Un des sujets phares qui seront discutés à la COP26 porte sur le financement climatique. Dans ce contexte, l’ASTM salue la reconnaissance du gouvernement luxembourgeois de l’importance de la fourniture de ressources financières suffisantes au niveau international pour soutenir les mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique [4]. Cependant, l’engagement du Grand-Duché en faveur du financement de la justice climatique reste peu clair. Dans une stratégie publiée en juillet 2021, le Luxembourg annonce accorder 200 millions d’euros au financement climatique international pour la période 2021-2025. Si la stratégie précise que 40 millions d’euros seront versés au Fond vert pour le climat, un élément essentiel de l’accord de Paris, et 25 millions d’euros à des projets d’ONG, il n’est nulle part mentionné comment seront dépensés les 135 millions restants. Quant à la contribution de 40 millions d’euros au Fond vert pour le climat, on pourrait se demander s’il s’agit vraiment d’un montant adéquat, compte tenu de la lourde empreinte écologique par habitant du Luxembourg, qui n’est devancé au niveau mondial que par le Qatar selon le Global Footprint Network [5] ?

La stratégie du MECDD ne mentionne pas non plus le mécanisme pour les « pertes et dommages» (loss and damage) créé en 2013, qui devrait, à terme, permettre de dédommager les victimes climatiques6. Les pertes et dommages – à savoir les impacts du changement climatique qui n’ont pas été évités ou minimisés par des activités d’adaptation et d’atténuation – sont déjà une réalité vécue par des personnes dans le monde enter, violant leurs droits humains et déplaçant plus de 30 millions de personnes rien qu’en 2020. La COP26 doit être l’occasion pour avancer en cette matière et le gouvernement luxembourgeois doit s’engager activement pour opérationnaliser et financer ce mécanisme au niveau international.

« Du point de vue du Sud, nous attendons des engagements forts de la part des pays développés qui tiennent compte de la dette climatique historique des pays industrialisés. Les pays en développement devraient se voir accorder un certain niveau de quotas, sachant qu’une grande partie de leur part d’émissions a été accaparée par le Nord dans le passé. Le financement climatique du Nord doit être augmenté pour permettre aux pays du Sud d’effectuer la transition, souligne Ivan Phell Enrile, responsable du programme Justice climatique d’IBON International, partenaire-réseau [7]. Il demande également que les réparations faites par le Nord soient sous forme de subventions et non de prêts : « Oxfam a récemment souligné que 80% du financement public du climat prend la forme de prêts. Cela peut être comparé à votre voisin qui met le feu à votre maison et vous accorde ensuite un prêt pour la reconstruire ! »

Reconnaissance du savoir indigène et local pour faire face à la crise climatique

En plus d’un engagement financier clair et adéquat au niveau national et international, l’ASTM appelle le Luxembourg à promouvoir l’intégration de solutions basées sur la nature (nature based solutions – NBS) à petite échelle dans les efforts d’atténuation et donc à reconnaître et à renforcer le rôle des peuples indigènes et des communautés locales et leur expertise dans la gestion durable de la biodiversité et des ressources naturelles, y compris l’atmosphère. Des critères tels que l’exclusion du financement par des sociétés multinationales ainsi qu’une évaluation de l’impact de l’approche NBS sur les droits humains doivent alors être développés afin de minimiser les abus.

 

S’il est important que la COP26 amène des résultats concrets qui respectent les principes énoncés ci-dessus et des financements qui en découlent, nous rappelons l’obligation des pays qui, historiquement, ont contribué le plus à la production de gaz à effet de serre, dont le Luxembourg, de procéder à une réduction conséquente de leurs émissions en cohérence avec les décisions prises au niveau international. Si le recours à des financements pour des projets et des programmes pour limiter les émissions ailleurs dans le monde est utile et nécessaire, s’ils sont effectivement calibrés à l’aune des droits humains de populations du Sud global, il ne peut libérer notre pays ni de ses obligations d’agir sur ses propres émissions, ni d’une réflexion en profondeur sur les impacts climatiques, écologiques et sociaux du modèle économique qu’il promeut.

 

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